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Abbayes, prieurés et cloîtres

Prieuré de Serrabone

Santa Maria de Serrabona

Boule-d'Amont · XIe – XIIe siècle

Monument historique classé (église, liste de 1875)

Photo : Jcb-caz-11, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Isolé dans la montagne des Aspres, le prieuré de Serrabone cache derrière ses murs de schiste l’un des chefs-d’œuvre de la sculpture romane catalane : une tribune de marbre rose du XIIe siècle.

Histoire en bref

Perché vers 600 mètres d’altitude au-dessus des gorges du Boulès, dans le massif des Aspres, le prieuré Sainte-Marie de Serrabona tire son nom de la « bonne montagne », serra bona en catalan. Une église paroissiale dédiée à la Vierge y est citée pour la première fois en 1069 : le vicomte de Cerdagne et de Conflent et sa famille y installent alors une petite communauté mixte de chanoines et de chanoinesses suivant la règle de saint Augustin, chargée aussi de desservir la paroisse. Les religieux se donnent un prieur en 1082.

Enrichi par de nouvelles donations, le prieuré s’agrandit au XIIe siècle : à l’étroite nef d’origine s’ajoutent un clocher, un collatéral nord, un transept et une abside, tandis qu’au sud une unique galerie de cloître, seule possible sur ce rocher abrupt, s’ouvre sur le ravin. L’église est consacrée le 25 octobre 1151 par l’évêque d’Elne. Des sculpteurs proches de ceux de Saint-Michel de Cuxa la parent de marbre rose, jusqu’à la tribune dressée au milieu de la nef pour séparer le chœur des chanoines de l’espace des fidèles.

L’âge d’or est bref. Dès les XIIIe et XIVe siècles, les chanoines délaissent la vie commune pour des logis particuliers. En 1593, le pape sécularise le prieuré, rattaché avec ses revenus au chapitre de la cathédrale de Solsona, en Catalogne ; après la mort du dernier prieur, en 1612, il n’est plus qu’une église de montagne peu à peu oubliée, où les bergers abritent parfois leurs troupeaux. En 1789, des murs élevés pour soutenir la voûte emprisonnent la tribune, ce qui la protège, mais la partie ouest de l’église s’écroule en 1819.

Visitée par Prosper Mérimée en 1834, l’église est classée monument historique en 1875. Les grandes restaurations commencent en 1906 ; la tribune est dégagée entre 1920 et 1922, puis la partie effondrée est reconstruite dans les années 1960. Propriété du Département des Pyrénées-Orientales depuis 1968, Serrabone accueille visites commentées, concerts et manifestations culturelles au cœur d’un vaste espace naturel protégé.

Dates clés

  1. 1069Première mention d’une église paroissiale dédiée à la Vierge ; le vicomte de Cerdagne et de Conflent y installe une communauté de chanoines augustins.
  2. 1151Le 25 octobre, l’église agrandie est consacrée par Artal, évêque d’Elne, en présence de l’évêque d’Urgell.
  3. 1593Sécularisé par le pape, le prieuré est rattaché au chapitre de la cathédrale de Solsona.
  4. 1612Mort du dernier prieur, Jaume Serra : Serrabona devient une simple église paroissiale.
  5. 1789Deux murs bâtis pour soutenir la voûte enferment la tribune, qui se trouve ainsi protégée.
  6. 1819Minée par les intempéries, la partie occidentale de l’église s’effondre.
  7. 1834-1836Visite de Prosper Mérimée, puis première campagne de restauration de l’église.
  8. 1875L’église est classée au titre des monuments historiques.
  9. 1906Devenu propriété d’Henri Jonquères d’Oriola, le prieuré est restauré, en commençant par la toiture du clocher.
  10. 1920-1922La tribune de marbre rose est dégagée des murs qui l’enserraient.
  11. 1968Le prieuré devient la propriété du Département des Pyrénées-Orientales.
  12. 1969L’architecte Sylvain Stym-Popper reconstitue la façade occidentale, après la reconstruction de la partie effondrée.
  13. 2014La balustrade de la tribune, démontée en 1789, est remontée à partir des fragments retrouvés.

Faits marquants et anecdotes

Une tribune presque unique

Large d’environ 5,60 m et haute de plus de 3 m, la tribune de marbre rose faisait office de jubé, séparant chanoines et fidèles. De ce type d’ouvrage roman, il ne reste ailleurs que des vestiges, comme ceux de Cuxa.

Faite pour Serrabone

Son raffinement contraste tant avec la rusticité de l’église que des historiens l’ont crue apportée d’ailleurs au XIXe siècle. Les travaux de Marcel Durliat ont établi qu’elle a été construite sur place, vers le milieu du XIIe siècle.

Un bestiaire de marbre

Lions, griffons, centaures archers ou saint Michel terrassant le démon : aucun chapiteau ne se ressemble. La sculpture n’a jamais été peinte ; de petits trous de foret marquent les yeux et les détails.

Chapiteaux en péril

Au XIXe siècle, les colonnes du cloître furent démontées et remontées en retable pour échapper à une vente ; elles reprirent leur place en 1911. En 2000, les deux chapiteaux du portail nord ont été volés et remplacés par des copies.

D’où vient ce marbre ?

Le Département parle de marbre rose de Villefranche ; d’autres études évoquent les carrières toutes proches de Bouleternère. Les deux gisements ont alimenté les ateliers romans du Roussillon.

À ne pas manquer

  • La tribune de marbre rose au milieu de la nef, avec sa façade sculptée et sa balustrade reconstituée
  • La galerie du cloître ouverte sur le ravin et ses chapiteaux peuplés d’animaux fantastiques
  • Le portail nord et la grande cuve baptismale monolithe en marbre rose
  • Les jardins en terrasse et les sentiers de randonnée qui partent du prieuré
  • Les visites commentées proposées par les guides du Département

Sources

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