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Cathédrale et cloître d’Elne

Santa Eulàlia i Santa Júlia d’Elna

Elne · XIe – XIVe siècle

Monument historique classé (cloître 1840, église 1875)

Photo : Jordi Gili, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Siège des évêques du Roussillon pendant près de mille ans, la cathédrale romane d’Elne veille sur un cloître de marbre dont les chapiteaux racontent toute la sculpture médiévale, du roman au gothique.

Histoire en bref

Sur la colline de la ville haute d’Elne, l’ancienne Illibéris, la cathédrale Sainte-Eulalie-et-Sainte-Julie se voit de la mer comme de la plaine. Un évêché est attesté ici dès 571, à l’époque wisigothique : pendant un millénaire, ses évêques ont conduit un diocèse couvrant le Roussillon, le Vallespir et le Conflent. Des fouilles menées en 2018-2019 sur la place des Garaffes ont révélé ce qui pourrait être la cathédrale primitive du VIe siècle.

L’église actuelle est commencée au début du XIe siècle, grâce à des dons dont celui de la comtesse Ermessinde de Barcelone, et son maître-autel est consacré en 1069. Elle suit un plan basilical à trois nefs voûtées en berceau. Sa façade sévère, coiffée de créneaux et encadrée de deux clochers, l’un de pierre, l’autre plus récent en brique, lui donne un air de forteresse. En 1285, quand les troupes du roi de France Philippe III le Hardi prennent Elne, la porte est incendiée : le portail de marbre bleu en garde encore la trace.

Au nord de l’église s’ouvre le cloître, bâti non pour des moines mais pour les chanoines qui entouraient l’évêque. Sa galerie sud, romane, date de la fin du XIIe siècle ; les galeries ouest et nord suivent au XIIIe siècle, et la galerie est, gothique, entre 1315 et 1325. Tout en marbre veiné de bleu, il aligne des chapiteaux où se succèdent lions, griffons, sirènes et feuillages romans, puis un véritable herbier gothique et les scènes de la vie du Christ. Il réunit ainsi en un seul lieu l’évolution de la sculpture médiévale en Roussillon.

L’essor de Perpignan scelle le déclin d’Elne : le grand chevet gothique lancé en 1317 reste inachevé, et les évêques s’installent à Perpignan au début du XVIIe siècle. À la Révolution, le cloître est occupé par l’administration municipale, et son étage disparaît en 1827. Classé monument historique dès 1840, l’église en 1875, l’ensemble se visite aujourd’hui avec des salles d’histoire et d’archéologie ; pendant les travaux de la Maternité suisse, le cloître accueille aussi l’exposition consacrée à son histoire.

Dates clés

  1. 571Première mention de l’évêché d’Elne, créé à l’époque wisigothique.
  2. 1042 et 1057Dons pour la construction de la cathédrale romane, dont celui de la comtesse Ermessinde de Barcelone en 1057.
  3. 1069Consécration du maître-autel ; la table d’autel romane est toujours en place dans l’abside.
  4. 1140L’évêque Udalguer fait fortifier la cathédrale.
  5. Fin du XIIe s.Construction de la galerie sud du cloître, romane, au temps de l’évêque Guillem Jordà (1172-1186), qui y est inhumé.
  6. 1285Les troupes de Philippe III le Hardi prennent Elne ; la porte de la cathédrale est incendiée et l’église saccagée.
  7. XIIIe s.Élévation des galeries ouest et nord du cloître, où le gothique apparaît dans la sculpture.
  8. À partir de 1317Début d’un vaste chevet gothique à sept chapelles rayonnantes, jamais achevé.
  9. 1315-1325Construction de la galerie est du cloître, de style gothique.
  10. 1601-1602Les évêques transfèrent leur résidence à Perpignan ; Saint-Jean devient la nouvelle cathédrale.
  11. 1827Démolition de l’étage du cloître.
  12. 1840 et 1875Classement du cloître, puis de l’église, au titre des monuments historiques.
  13. 2018-2019Fouilles sur la place des Garaffes : vestiges probables de la cathédrale du VIe siècle, protégés en 2023.

Faits marquants et anecdotes

Un cloître de chanoines

Contrairement à la plupart des cloîtres du Roussillon, celui d’Elne n’a pas été bâti pour une communauté de moines mais pour les chanoines, clercs qui aidaient l’évêque à gouverner le diocèse.

Les cicatrices de 1285

Les montants du portail ouest, en marbre bleu de Céret, sont encore éclatés par le feu allumé lors de l’attaque des troupes du roi de France contre Elne.

Une copie mal comprise

La galerie ouest reprend les scènes de la galerie sud, mais le sculpteur gothique a mal lu son modèle : une tête placée à l’arrière-plan devient, chez lui, une tête que le Christ tient par les cheveux.

Un chevet resté en projet

Derrière l’abside romane, on devine les bases du grand chœur gothique entrepris en 1317 : l’essor de Perpignan a fait abandonner le chantier.

Un autel de 1069

La table du maître-autel porte toujours l’inscription de sa consécration ; comme d’autres en Roussillon, elle sort des ateliers de Narbonne, qui retaillaient les marbres de monuments antiques.

À ne pas manquer

  • Les chapiteaux de la galerie sud : sirènes, animaux fantastiques et création d’Adam et Ève
  • Le pilier sculpté de scènes de saint Pierre et saint Paul, et la galerie est gothique, consacrée à l’enfance et à la Passion du Christ
  • La nef romane, le portail ouest marqué par l’incendie de 1285 et la table d’autel consacrée en 1069
  • Les salles d’histoire et d’archéologie installées autour du cloître
  • L’exposition sur la Maternité suisse d’Elne, présentée au cloître pendant les travaux de la maternité

Sources

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