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Châteaux et patrimoine civil

Loge de Mer de Perpignan

Llotja de Perpinyà

Perpignan · Fin du XIVe – XVIe siècle

Monument historique classé (liste de 1840)

Photo : Jacques Le Letty, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Coiffée de son navire de fer, la Loge de Mer, ancien tribunal du commerce maritime bâti dans le style gothique catalan, est le cœur battant du vieux Perpignan depuis plus de six siècles.

Histoire en bref

À la fin du Moyen Âge, les marchands de Perpignan expédient leurs produits dans toute la Méditerranée depuis Collioure et Canet. Pour encadrer ce commerce, le roi Jean Ier d’Aragon crée en 1388 un consulat de mer : deux consuls y règlent les litiges entre marchands et, à partir de 1394, perçoivent une taxe sur les marchandises qui entrent ou sortent des comtés de Roussillon et de Cerdagne. En 1397, Martin Ier les autorise à se bâtir un siège.

La loge s’élève au début du XVe siècle, à l’angle de la place et de la rue des Marchands, sur l’ancien marché aux peaux et aux draps. Au rez-de-chaussée, une haute salle ouverte par de grandes arcades sert de bourse ; à l’étage siègent le tribunal et son greffe. La balustrade sculptée qui couronne l’édifice, taillée dans une pierre de Montjuïc venue de Barcelone par la mer, est posée en 1439. En 1540, sous Charles Quint, le bâtiment est doublé vers l’hôtel de ville, dans un style qui imite fidèlement la première construction.

Au XVIIIe siècle, le consulat de mer a cessé toute activité. En 1751, l’édifice est cédé au comte de Mailly, commandant en chef du Roussillon, qui le transforme en théâtre : le plafond peint disparaît, la chapelle aussi, et son retable part à l’église Saint-Jacques. Après la Révolution, la salle sert de dépôt de messageries, et la Ville songe un moment à la démolir.

Elle choisit finalement de la restaurer en 1841 : on rétablit les deux niveaux, on refait la balustrade, et un café s’installe au rez-de-chaussée. Classée monument historique dès 1840, la loge est restaurée de nouveau en 1951. Après un fast-food puis une brasserie, la Ville rachète le bail en 2017 pour y installer l’office de tourisme. La loge forme un ensemble avec l’hôtel de ville voisin, dont le patio abrite La Méditerranée d’Aristide Maillol.

Dates clés

  1. 1388Le 22 octobre, Jean Ier d’Aragon crée à Perpignan un consulat de mer chargé de juger les litiges du commerce.
  2. 1394Le consulat perçoit aussi un droit sur les marchandises qui entrent dans les comtés ou en sortent.
  3. 1397Martin Ier d’Aragon autorise les consuls de mer à se bâtir un siège.
  4. Début du XVe s.Construction de la loge sur l’emplacement de l’ancien marché aux peaux et aux draps.
  5. 1439La balustrade sculptée, en pierre de Montjuïc, couronne l’édifice.
  6. 1489Un retable est réalisé pour la chapelle de la loge.
  7. 1540Sous Charles Quint, le bâtiment est doublé en longueur ; une inscription en catalan commémore l’agrandissement.
  8. 1751Cédée au comte de Mailly, commandant en chef du Roussillon, la loge devient un théâtre.
  9. Après 1789Après la Révolution, le théâtre est démonté et la salle sert de dépôt de messageries.
  10. 1840Classement parmi les premiers monuments historiques du département.
  11. 1841Restauration voulue par le maire, Guiraud de Saint-Marsal ; un café ouvre au rez-de-chaussée l’année suivante.
  12. 1951Nouvelle restauration des façades par l’architecte Sylvain Stym-Popper ; la place est dallée de marbre.
  13. 2017La Ville rachète le bail commercial et installe l’office de tourisme dans la loge.

Faits marquants et anecdotes

Le navire de la girouette

À l’angle de l’édifice, une caravelle de fer sert de girouette. Lors de la restauration de 1841, le pilier qui la porte était le seul morceau de la balustrade d’origine encore en place. Depuis 1992, c’est une réplique : l’original est conservé à l’hôtel de ville.

Saint Jean-Baptiste sur les eaux

Les armes du consulat de mer montraient le saint patron de Perpignan debout sur les flots, sur fond de bandes catalanes. Après le rattachement à la France, des fleurs de lys ont été sculptées autour et les armes catalanes effacées.

Une inscription de 1540

Entre les arcades ajoutées en 1540, une plaque en catalan rappelle que l’agrandissement a été fait sous le règne de Charles Quint, quand Honorat Forner et Francesc Mates étaient consuls de mer.

Le retable de 1489

Le retable de la chapelle, sans doute commandé pour le centenaire du consulat, a été transféré à l’église Saint-Jacques en 1751. Il est aujourd’hui exposé au musée d’art Hyacinthe Rigaud.

Du fast-food à l’office de tourisme

En 1984, une chaîne de restauration rapide s’installe dans la salle gothique, remplacée en 2001 par une brasserie. En 2017, la Ville rachète le bail pour 250 000 euros afin d’y accueillir les visiteurs.

À ne pas manquer

  • Les deux façades et leurs arcades en arc brisé, l’une sur la place de la Loge, l’autre sur la rue des Marchands
  • Les fenêtres jumelées de l’étage, leur dentelle de pierre et la balustrade sculptée
  • La caravelle de fer qui sert de girouette, à l’angle de l’édifice
  • Les armes du consulat de mer et l’inscription de 1540 sur les façades
  • Le patio de l’hôtel de ville voisin, avec La Méditerranée d’Aristide Maillol

Sources

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