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Abbayes, prieurés et cloîtres

Abbaye de Saint-Martin-du-Canigou

Sant Martí del Canigó

Casteil · XIe – XVe siècle

Monument historique classé (liste de 1889)

Photo : Calips, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Perchée à plus de mille mètres sur les pentes du Canigou, au-dessus de Casteil, l’abbaye de Saint-Martin-du-Canigou, joyau du premier art roman, a été relevée de ses ruines au XXe siècle et reste aujourd’hui un lieu de prière.

Histoire en bref

Vers l’an mille, Guifred II, comte de Cerdagne et de Conflent, décide de bâtir un monastère sur un éperon rocheux du massif du Canigou, au-dessus du village de Casteil. Il est soutenu par son frère Oliba, moine de Saint-Michel-de-Cuxa, d’où vient d’ailleurs la première communauté. Les églises sont consacrées en novembre 1009 et, deux ans plus tard, le pape place l’abbaye sous la protection directe du Saint-Siège. Le comte finit ses jours parmi les moines et y meurt en 1049.

Le site impose une architecture singulière : deux églises superposées, l’une à demi enterrée et dédiée à la Vierge, l’autre consacrée à saint Martin, ainsi qu’une chapelle Saint-Michel logée dans le clocher. Ces voûtes de pierre posées sur des colonnes, puis sur des piliers en croix, font de l’abbatiale un témoin précieux des premiers essais de l’art roman dans le Midi.

Après un premier âge d’or, l’abbaye décline à partir du XIVe siècle. Le séisme de 1428 abat une grande partie du monastère et une partie du clocher, relevé quelques années plus tard. À la fin du XVIIIe siècle, les quelques moines restants demandent à partir et quittent les lieux en 1783. Confisqués à la Révolution, les bâtiments servent alors de carrière de pierres et les chapiteaux du cloître sont dispersés.

En 1902, l’évêque de Perpignan, Mgr de Carsalade du Pont, rachète les ruines, encouragé par le poète catalan Jacint Verdaguer, et engage leur reconstruction grâce aux dons de Catalans des deux côtés de la frontière. Le père Bernard de Chabannes poursuit l’œuvre à partir de 1952. Depuis 1988, l’abbaye est confiée à la Communauté des Béatitudes, qui y fait vivre la prière et accueille visiteurs et retraitants.

Dates clés

  1. 997Premières mentions du chantier voulu par Guifred II, comte de Cerdagne et de Conflent.
  2. 1009Le 10 novembre, consécration des églises du monastère.
  3. 1011Une bulle pontificale reconnaît que l’abbaye relève directement du Saint-Siège.
  4. 1014 ou 1026Arrivée des reliques de saint Gaudérique et nouvelle consécration de l’église agrandie.
  5. 1049Mort du comte Guifred II, retiré à l’abbaye à la fin de sa vie.
  6. 1428Le 2 février, un tremblement de terre ruine une grande partie du monastère et abat en partie le clocher.
  7. 1433Le clocher est rebâti sur le modèle de l’ancien.
  8. 1779-1783Les derniers moines, peu nombreux et âgés, demandent à partir ; ils quittent l’abbaye en 1783.
  9. 1889L’abbaye figure sur la liste des monuments historiques classés.
  10. 1902Mgr de Carsalade du Pont rachète les ruines et lance la restauration.
  11. 1952Le père Bernard de Chabannes, bénédictin d’En Calcat, reprend les travaux et la vie de prière.
  12. 1988L’évêque de Perpignan confie l’abbaye à la Communauté des Béatitudes.
  13. 2009L’abbaye fête le millénaire de sa consécration.

Faits marquants et anecdotes

Deux églises l’une sur l’autre

Faute de place sur l’éperon, l’abbatiale compte deux églises superposées : en bas, Notre-Dame-sous-terre, basse et en partie taillée dans le rocher ; au-dessus, l’église Saint-Martin. Une troisième chapelle, dédiée à saint Michel, occupe un étage du clocher.

Un tombeau taillé dans le roc

Le tombeau du comte Guifred II se trouve près de l’entrée de l’église. D’après son inscription funéraire, le comte l’aurait creusé lui-même dans la roche.

Un cloître recomposé

Après la Révolution, les chapiteaux de marbre du cloître ont été dispersés dans les villages voisins. Ceux qui ont été retrouvés ont servi, au début du XXe siècle, à bâtir une galerie sud ouverte sur le ravin, qui n’existait pas sous cette forme au Moyen Âge.

Le droit de mule

Selon une coutume médiévale, chaque nouvel abbé recevait une mule à son arrivée ; la charge, imposée aux paroisses dépendant de l’abbaye, fut ensuite remplacée par une somme d’argent, réclamée jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

Une foule pour une résurrection

Selon l’abbaye, le 11 novembre 1902, environ 2 000 personnes venues du Roussillon et d’Espagne accompagnèrent Mgr de Carsalade du Pont pour la prise de possession des ruines.

À ne pas manquer

  • L’église inférieure de la Vierge, basse et sombre, et ses voûtes du début du XIe siècle
  • L’église haute Saint-Martin, ses colonnes monolithes et le chapiteau de marbre sculpté de scènes de la vie de saint Martin qui porte l’autel
  • Le clocher carré et le tombeau du comte Guifred II, creusé dans le roc
  • La galerie sud du cloître, ouverte sur le ravin, avec ses chapiteaux de marbre retrouvés
  • La montée à pied depuis Casteil, de 30 minutes à 1 heure ; l’abbaye étant habitée par une communauté, on la découvre uniquement en visite guidée, en tenue correcte

En ce moment et prochainement sur place

20 Oct 08:30 Rando Accompagnee : Boucle de l’Abbaye Saint-Martin du CanigouCasteil

Sources

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