Fort de Bellegarde
Castell de Bellaguarda
Monument historique classé (26 juin 1967)Photo : Carlos Pino Andújar, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Perché au-dessus du Perthus, le fort de Bellegarde a gardé pendant des siècles le passage le plus bas des Pyrénées, du guet médiéval à la citadelle de Vauban.
Histoire en bref
La colline de Bellegarde, à 423 mètres d’altitude, domine les cols du Perthus et de Panissars, les passages les plus bas de toute la chaîne des Pyrénées. Une tour de guet y a sans doute précédé le fort : la tradition l’attribue aux rois de Majorque, vers 1285, mais la première mention écrite d’un château de « Bellaguàrdia » date de 1324. Ce petit fort médiéval, un donjon entouré d’une enceinte, surveille surtout le passage des troupes ; il est occupé par les Français de Louis XI dans la seconde moitié du XVe siècle, avant d’être rendu à la couronne d’Aragon en 1493.
Avec le traité des Pyrénées, en 1659, Bellegarde devient français et se retrouve tout près de la nouvelle frontière. La vieille place est jugée dépassée, et la guerre de Hollande le confirme : les Espagnols s’en emparent en 1674, les Français la reprennent l’année suivante. En 1679, Vauban inspecte le site et valide, en le renforçant, le projet d’agrandissement de l’ingénieur Rousselot. L’ancien donjon est rasé, une seconde enceinte s’élève dès 1680, et les chantiers se poursuivent jusqu’au XVIIIe siècle.
Le fort prend la forme d’un pentagone à cinq bastions, doublé d’une seconde enceinte, autour d’une place d’armes bordée de casernes, de la chapelle et du logis du gouverneur. Sur cette colline de granit sans source, l’eau est l’obsession des ingénieurs : on creuse des citernes puis un puits géant taillé dans le roc. En temps de paix, la place abrite 500 à 600 hommes, et le double en temps de guerre.
En 1793, le général espagnol Ricardos prend le fort après deux mois de bombardements ; l’année suivante, le général Dugommier le reprend au terme d’un long blocus. En 1939, le fort accueille des réfugiés de la Retirada, puis des soldats allemands de 1943 à 1945. Classé monument historique en 1967, racheté par la commune du Perthus, il est aujourd’hui ouvert à la visite à la belle saison.
Dates clés
- 1324Première mention écrite d’un château à Bellegarde ; la tradition fait remonter une tour de guet aux rois de Majorque, vers 1285.
- 1462-1493Le Roussillon passe sous contrôle de Louis XI ; Bellegarde n’est rendu à la couronne d’Aragon qu’en 1493.
- 1659Le traité des Pyrénées rend Bellegarde français : le fort se retrouve à la frontière.
- 1674Pendant la guerre de Hollande, les Espagnols s’emparent de la place.
- 1675Les troupes françaises reprennent le fort en juillet.
- 1679Vauban inspecte Bellegarde et approuve, en le corrigeant, le projet d’agrandissement de l’ingénieur Rousselot.
- 1680La seconde enceinte est élevée ; les travaux se poursuivent en 1689, 1694, 1697 puis au XVIIIe siècle.
- Fin du XVIIe s.Creusement du grand puits, taillé dans le roc sur plus de 60 mètres.
- 1705Un inventaire recense 24 pièces d’artillerie et 32 000 boulets.
- 1793Le général espagnol Ricardos prend le fort en juin, après deux mois de bombardements.
- 1794En septembre, le général Dugommier reprend Bellegarde après un blocus de plusieurs mois ; tué en novembre, il est d’abord inhumé au fort.
- 1939Lors de la Retirada, le fort accueille des réfugiés républicains espagnols en janvier et février (camp d’internement, hôpital).
- 1967Classement au titre des monuments historiques (26 juin).
Faits marquants et anecdotes
Un puits taillé dans le roc
Faute de source sur la colline, on creuse dans le granit un puits de plus de 60 mètres de profondeur et de près de 6 mètres de diamètre, qui contient 750 à 850 m³ d’eau. Avec les citernes, la place ne pouvait pas manquer d’eau.
Le calcul de Vauban
En 1683, Vauban estime que les citernes, une fois pleines, suffiraient à abreuver 1 200 hommes pendant quatre mois et demi, même sans une goutte de pluie.
La première tombe de Dugommier
Libérateur du fort en 1794, le général Dugommier est tué peu après près de Figueres. Inhumé dans le bastion tourné vers l’Espagne, il est transféré à Perpignan en 1800 ; une pyramide de granit rappelle depuis 1892 sa sépulture.
Un arsenal bien garni
L’inventaire de 1705 compte 24 canons de tous calibres, 32 000 boulets, plus de 850 mousquets et près de 60 000 livres de poudre.
« Bellegarde n’est commandé de rien »
La formule de Vauban résume l’atout du site : aucune hauteur ne domine le fort, d’où la vue porte sur le Roussillon au nord et l’Empordà au sud.
À ne pas manquer
- Le grand puits du bastion Saint-André, creusé dans la roche
- La stèle pyramidale de Dugommier sur le bastion d’Espagne
- Les fours à pain, restés en état de marche plus de trois siècles après leur construction
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- La porte de France et la demi-lune qui la protège
Sources
- Notice Mérimée PA00104090, ministère de la Culture
- Mairie du Perthus : le fort de Bellegarde
- Chemins de mémoire, ministère des Armées : fort de Bellegarde
- Wikidata Q3028584
- Wikipédia : Fort de Bellegarde
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