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Fortifications et citadelles

Fort Libéria

Fort Libèria

Villefranche-de-Conflent · XVIIe – XIXe siècle

Monument historique classé (30 avril 2009) ; patrimoine mondial de l’UNESCO (2008)

Photo : Calips, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Accroché à la montagne au-dessus de Villefranche-de-Conflent, le fort Libéria, voulu par Vauban et renforcé sous Napoléon III, est relié à la cité par un long escalier souterrain que l’on dit « des mille marches ».

Histoire en bref

Après le traité des Pyrénées (1659), Villefranche devient une place frontière chargée de garder le Conflent et la route de la Cerdagne. Mais la petite ville, enfoncée au creux de la vallée, est dominée de toutes parts : avec l’artillerie moderne, un ennemi installé sur les hauteurs pourrait la bombarder sans peine. Lors de sa deuxième venue en Roussillon, en 1679, Vauban fait accepter l’idée d’un fort sur la seule hauteur d’où l’on pouvait canonner la ville.

Le chantier est lancé en 1680, après une inspection du ministre Louvois, et le fort reçoit sa garnison dès 1681, même si les travaux durent encore plusieurs années. Taillé en partie dans le roc, il épouse la pente plutôt qu’un plan bastionné classique : deux hexagones emboîtés, un donjon triangulaire et une avancée tournée vers la ville. À partir de 1682, il sert aussi de prison d’État pour des femmes compromises dans l’affaire des poisons.

Le fort ne connaît l’épreuve du feu qu’une seule fois, à l’été 1793, quand les troupes espagnoles le bombardent depuis les hauteurs voisines : ses canons ne parviennent pas à leur répondre. Sous Napoléon III, entre 1850 et 1856, il est profondément remanié : ouvrages d’artillerie tournés vers la vallée, nouvelle entrée protégée par une tour ronde et, surtout, une communication souterraine qui descend jusqu’au pont Saint-Pierre et à la cité.

L’armée quitte Villefranche en 1890. Vendu par l’État à un particulier dans les années 1920, le fort reste privé ; restauré par quatre couples de commerçants de Villefranche, il ouvre au public en 1987. Il est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2008, avec les remparts de la cité, puis classé monument historique en 2009.

Dates clés

  1. 1659Le traité des Pyrénées fait de Villefranche une place frontière face à l’Espagne.
  2. 1679Lors de sa deuxième visite en Roussillon, Vauban fait accepter le projet d’un fort au-dessus de la ville.
  3. 1680Inspection de Louvois en mai, puis marché de construction passé le 8 juillet.
  4. 1681Le fort reçoit sa garnison ; le chantier se poursuit pendant plusieurs années.
  5. 1682Le fort devient la prison de femmes impliquées dans l’affaire des poisons, enfermées par lettres de cachet.
  6. 1717Mort d’Anne Guesdon, ancienne femme de chambre de la marquise de Brinvilliers, après 36 ans de captivité.
  7. 1793Bombardé par les troupes espagnoles depuis les hauteurs voisines, le fort ne peut riposter efficacement.
  8. 1850-1856Sous Napoléon III, grands travaux : ouvrages d’artillerie côté vallée et nouvelle entrée gardée par une tour ronde.
  9. 1850-1853Creusement de l’escalier souterrain qui relie le fort à la cité, dit « des mille marches ».
  10. 1890L’armée quitte Villefranche et son fort.
  11. Années 1920L’État met le fort en vente ; il est acquis par un particulier, Julien Laurens.
  12. 1987Le 9 juillet, après trois ans de restauration, le fort ouvre ses portes au public.
  13. 2008-2009Inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO (7 juillet 2008), puis classement monument historique (30 avril 2009).

Faits marquants et anecdotes

Mille marches… ou presque

L’escalier souterrain est surnommé « des mille marches », mais il en compte en réalité 734. Creusé en grande partie dans une roche friable, il aurait coûté la vie à 22 ouvriers selon le site du fort.

La prison des dames

Huit femmes liées à l’affaire des poisons y furent enfermées sans procès. Anne Guesdon y passa 36 ans, jusqu’à sa mort en 1717, et une autre détenue, la Chapelain, 43 ans.

Un fort dissuasif

Lors de sa seule épreuve, en 1793, l’artillerie du fort n’a pas pu atteindre les batteries espagnoles installées sur les hauteurs : son rôle tenait surtout à la menace qu’il représentait.

Un nom du XXe siècle

D’après le site du fort, c’est son acheteur des années 1920, Julien Laurens, qui l’a baptisé « fort Libéria », en souvenir du nom d’origine de la ville, Villa Libera (« ville libre ») ; les textes du XVIIe siècle parlent du « château ».

Des captifs allemands

Pendant la Première Guerre mondiale, le fort a servi de lieu de détention pour une douzaine d’officiers allemands.

À ne pas manquer

  • Les trois niveaux du fort, ses chemins de ronde et ses galeries de contrescarpe
  • La descente vers la cité par l’escalier souterrain des 734 marches, jusqu’au pont Saint-Pierre
  • Les cachots de la « prison des dames » et les noms de soldats gravés dans la pierre
  • La vue plongeante sur les remparts de Villefranche et sur les vallées de la Têt et du Cady

Sources

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