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Fortifications et citadelles

Forteresse de Salses

Castell de Salses

Salses-le-Château · Fin du XVe – début du XVIe siècle

Monument historique classé (12 juillet 1886)

Photo : Meria z Geoian, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Bâtie en six ans par les Rois catholiques pour verrouiller la frontière, la forteresse de Salses, à demi enterrée dans ses fossés, est un chef-d’œuvre de l’architecture militaire de la fin du Moyen Âge.

Histoire en bref

Au nord de Perpignan, la plaine du Roussillon se resserre en un étroit couloir entre les Corbières et l’étang de Salses-Leucate : c’est là que devaient passer les armées, leurs canons et leurs convois venus du Languedoc. Un premier château, perché sur un promontoire rocheux tout proche, est mentionné dès le XIe siècle ; on en voit encore les vestiges. À la fin du XVe siècle, la frontière entre la France et la couronne d’Aragon court dans les Corbières, et Salses en garde la porte.

En 1495, l’Espagne entre en guerre contre la France. Les Rois catholiques, Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille, confient à Ramiro López, chef de leur artillerie, la mission d’inspecter la frontière et d’y élever une place capable de tenir un mois en attendant les secours. Le chantier dure de 1497 à 1503. Le résultat est une forteresse de transition, entre château fort et place bastionnée : murs d’une épaisseur considérable, tours rondes armées de canons, couronnements de brique pour amortir les boulets de fer et, surtout, un corps de place à moitié enfoncé dans de larges fossés.

La forteresse n’est pas encore achevée qu’elle repousse, en 1503, les troupes de Louis XII. Suit un long siècle de calme. Pendant la guerre de Trente Ans, elle change trois fois de mains : prise par les Français en 1639, reprise par les Espagnols au début de 1640, elle tombe définitivement en 1642, peu après Perpignan. En 1659, le traité des Pyrénées rattache le Roussillon à la France : la frontière recule d’une soixantaine de kilomètres et Salses perd sa raison d’être.

Devenue prison d’État au moment de l’affaire des poisons, en 1682, la forteresse échappe de peu à la démolition : Vauban la juge inutile, mais l’opération coûterait trop cher. Son donjon sert ensuite de magasin à poudre. Classée monument historique en 1886 et rayée des places fortes en 1889, elle appartient à l’État et est aujourd’hui ouverte à la visite par le Centre des monuments nationaux.

Dates clés

  1. XIe s.Un château est mentionné sur le promontoire rocheux voisin ; ses vestiges sont encore visibles au nord de la forteresse.
  2. 1495L’Espagne entre en guerre contre la France ; le 30 octobre, les Rois catholiques chargent Ramiro López d’inspecter les forteresses de la frontière.
  3. 1497-1503Construction de la forteresse sous la direction de Ramiro López.
  4. 1503Premier siège : les troupes de Louis XII échouent à prendre la place, encore inachevée.
  5. 1639Une armée française d’environ 20 000 hommes s’empare de la forteresse, défendue par quelque 500 soldats.
  6. 1640Les Espagnols reprennent la place au début de l’année, après un long siège.
  7. 1642Perpignan tombe en septembre ; la forteresse est prise peu après et reste désormais française.
  8. 1659Le traité des Pyrénées rattache le Roussillon à la France : la frontière recule d’une soixantaine de kilomètres.
  9. 1682Affaire des poisons : la forteresse devient prison d’État.
  10. Fin du XVIIe s.Vauban juge la place inutile et conseille de la raser ; le projet est abandonné, trop coûteux.
  11. 1817Le donjon est aménagé en magasin à poudre.
  12. 1886Classement au titre des monuments historiques (12 juillet) ; la forteresse est déclassée comme place forte en 1889.
  13. 1930Elle est confiée à l’administration des Beaux-Arts, puis au ministère de la Culture.

Faits marquants et anecdotes

Une mission très précise

Dans leur ordre de mission du 30 octobre 1495, les Rois catholiques demandent à Ramiro López de concevoir une construction capable de soutenir une guerre trente ou quarante jours avant l’arrivée des secours.

Une forteresse à demi enterrée

Le corps de place, un rectangle d’environ 110 mètres sur 84, est implanté au fond de larges fossés : seule la partie haute des tours et des courtines dépasse. Les tours tournées vers la France montent à 21 mètres, celles du côté espagnol à 18.

La mine de 1503

Selon des chroniques de l’époque, les défenseurs auraient fait sauter une mine sous les assaillants français, causant de lourdes pertes. Après ce siège, un épais talus maçonné est ajouté au pied des murailles pour les protéger des sapeurs.

Les prisonniers de l’affaire des poisons

En 1682, 19 condamnés du scandale qui secoue la cour de Louis XIV sont envoyés à Salses. Selon le Centre des monuments nationaux, après une évasion manquée, ils y restent enfermés jusqu’à leur mort.

400 chevaux en 1637

Les écuries voûtées de la place d’armes accueillaient surtout des genets d’Espagne, des chevaux de petite taille capables de franchir les passages voûtés de l’entrée.

À ne pas manquer

  • Le parcours d’entrée, de la barbacane à la demi-lune puis au passage coudé qui mène à la place d’armes
  • La place d’armes, ses écuries voûtées et la sculpture de Toni Grand installée en 1986
  • Le donjon, poste de commandement et logis du gouverneur, dont trois niveaux se visitent avec un guide
  • Les traces du passé : graffitis de soldats, dessins de navires dans la salle à manger du gouverneur, impacts de boulets
  • La vue sur l’étang de Salses-Leucate, le Canigou et les Pyrénées depuis le promontoire de l’ancien château

En ce moment et prochainement sur place

30 Juin Exposition « les 7 Vertus, Art et Armures » A la Forteresse de SalsesSalses-le-Château · → 30 Déc

Sources

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