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Châteaux et patrimoine civil

Maternité suisse d’Elne

Maternitat d’Elna

Elne · XXe siècle (1900-1944)

Monument historique classé (4 mars 2013)

Photo : Thomas Dob., CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

De 1939 à 1944, ce petit château d’Elne a abrité une maternité où près de 600 enfants de réfugiées espagnoles et de femmes juives ou tsiganes sortant des camps ont vu le jour.

Histoire en bref

À deux kilomètres du centre d’Elne, le château d’En Bardou est construit vers 1900-1902 pour Eugène Bardou, industriel du papier à cigarettes. Ses quatre ailes, dont deux octogonales, s’organisent autour d’un escalier central coiffé d’une verrière qui fait entrer la lumière jusqu’au rez-de-chaussée. Vendu en 1927, il est inhabité quand éclate la guerre.

Début 1939, la Retirada pousse près d’un demi-million de réfugiés espagnols vers les Pyrénées-Orientales. Internés sur les plages d’Argelès et de Saint-Cyprien, puis au camp de Rivesaltes, ils vivent dans des conditions si dures que beaucoup de femmes et de nouveau-nés meurent à l’accouchement. Elisabeth Eidenbenz, jeune institutrice suisse engagée dans le Secours suisse aux enfants, ouvre d’abord une maternité à Brouilla, puis loue en septembre 1939 le château d’Elne, qu’elle fait remettre en état.

Le premier enfant y naît le 7 décembre 1939. Jusqu’à la fin d’avril 1944, près de 600 bébés voient le jour à la maternité : environ 400 de mères espagnoles, près de 200 de mères juives ou tsiganes, venues de divers pays et menacées par les lois de Vichy. Placée sous l’égide de la Croix-Rouge suisse à partir de 1942, la maternité doit respecter la loi française ; Elisabeth Eidenbenz cache pourtant des femmes juives et modifie des noms sur les registres pour protéger les enfants. En avril 1944, l’armée allemande ordonne la fermeture et l’équipe part en Aveyron avec ses pensionnaires.

Longtemps oublié et laissé à l’abandon, le château est restauré à partir de 1997 par un maître verrier, avant que des enfants nés à la maternité ne retrouvent Elisabeth Eidenbenz. Reconnue Juste parmi les Nations, elle reçoit la médaille de Yad Vashem en 2002. Achetée par la commune en 2005, la maternité est classée monument historique en 2013, moins pour son architecture que pour ce qu’elle a représenté. Le bâtiment est actuellement fermé pour travaux ; l’exposition qui retrace son histoire est présentée au cloître d’Elne.

Dates clés

  1. 1900-1902Construction du château d’En Bardou pour Eugène Bardou, industriel du papier à cigarettes.
  2. 1927Le château est vendu à des agriculteurs ; il reste ensuite inhabité.
  3. 1939Après la Retirada, Elisabeth Eidenbenz ouvre une première maternité à Brouilla, du printemps à septembre.
  4. Septembre 1939Elle loue le château d’En Bardou et y fait réaliser les travaux nécessaires.
  5. 7 décembre 1939Première naissance à la maternité suisse d’Elne.
  6. Été 1940La maternité commence à accueillir aussi des femmes juives fuyant les persécutions.
  7. 1942La Croix-Rouge suisse prend en charge la maternité.
  8. Avril 1944Sur ordre des autorités allemandes, la maternité ferme ; l’équipe et les pensionnaires partent pour l’Aveyron.
  9. Années 1980Le château, abandonné, se dégrade ; une aile s’effondre.
  10. 1997Le maître verrier François Charpentier achète le château et entreprend de le restaurer.
  11. 2002Elisabeth Eidenbenz revient à Elne ; elle reçoit la médaille de Juste parmi les Nations.
  12. 2005La commune d’Elne acquiert l’ancienne maternité.
  13. 2013Classement au titre des monuments historiques (4 mars), après une inscription en 2012.

Faits marquants et anecdotes

Près de 600 naissances

Entre décembre 1939 et avril 1944, environ 400 enfants naissent de mères espagnoles et près de 200 de mères juives ou tsiganes ; la plupart des femmes accueillies sortaient des camps d’Argelès, de Saint-Cyprien et de Rivesaltes.

Des registres pour protéger

Tenue par la Croix-Rouge suisse au respect strict des lois françaises, la directrice cache malgré tout des femmes juives venues accoucher et change des noms d’enfants sur les registres.

Une maison pensée pour la lumière

Salle d’accouchement et chambre des nouveau-nés au deuxième étage, dortoirs des mères au troisième : la verrière centrale et les vastes pièces claires offraient aux mères le calme recherché par Elisabeth Eidenbenz.

Une histoire retrouvée

Après la guerre, l’épisode tombe dans l’oubli. C’est la rencontre du maître verrier qui restaurait le château avec Guy Eckstein, né à la maternité, qui relance la mémoire du lieu et permet de retrouver Elisabeth Eidenbenz, installée près de Vienne.

Classée pour sa mémoire

Lors de l’examen du dossier, l’intérêt architectural du bâtiment a été jugé modeste : c’est le lieu de soins, d’assistance et de paix créé pendant la guerre qui a justifié son classement en totalité.

À ne pas manquer

  • L’exposition « La Maternité suisse d’Elne d’Elisabeth Eidenbenz, 1939-1944 », présentée au cloître d’Elne pendant les travaux
  • L’architecture du château d’En Bardou, attribuée à Viggo Dorph-Petersen, avec sa coupole de verre et ses façades de brique et de pierre
  • Le cloître et la cathédrale d’Elne, dans la ville haute, avec un billet commun aux sites patrimoniaux de la commune

Sources

Texte rédigé par Éden Catalán à partir de ces sources. Une erreur ? Écrivez-nous.

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