Les fouets en micocoulier de Sorède
Inventaire du patrimoine culturel immatériel en FranceÀ Sorède, depuis le XIXe siècle, on tresse à la vapeur le bois du micocoulier pour en faire des fouets et des cravaches. L’ESAT Les Micocouliers est aujourd’hui le dernier atelier à pratiquer ce savoir-faire, et il ouvre ses portes aux visiteurs.
Où le trouver 1 adresses dans notre guide ↓Présentation
Au pied des Albères, le micocoulier de Provence (Celtis australis), le lledoner des Catalans, a longtemps été cultivé comme une récolte. On le plante près des cours d’eau, qui donnent un bois clair et souple, et on le conduit en taillis : on choisit les rejets des souches coupées, puis on ôte au printemps les pousses latérales pour éviter les nœuds. Il faut dix à quinze ans pour obtenir une perche utilisable, abattue entre novembre et février.
Les premiers fabricants de fouets sont enregistrés à Sorède en 1823 ; on en compte seize vingt ans plus tard. En 1849, les fabriques de Philippe Massot mettent au point une étuve qui permet de tresser le bois à la vapeur, un procédé inspiré des fourches en micocoulier du Gard. À partir de 1896, les ateliers ne livrent plus seulement des manches bruts mais des objets finis, vendus dans toute l’Europe et dans les colonies. Avant 1914, l’usine Massot aurait fait travailler un millier de personnes, pour un village d’environ 1 600 habitants.
La motorisation retire au fouet son usage premier, et la production décline dès la fin des années 1920. Massot ferme au début des années 1960 ; en 1971, la fabrique Giret devient une coopérative ouvrière, qui cesse son activité en 1978. L’Association pour adultes et jeunes handicapés rachète alors les machines et les outils, et d’anciens ouvriers transmettent leurs gestes au centre d’aide par le travail ouvert en 1981. Devenu l’ESAT Les Micocouliers, c’est aujourd’hui le dernier atelier où l’on tresse le micocoulier à la vapeur.
Le procédé a peu changé. On fend le bois en quatre brins, que l’on arrondit puis affine à la serpette. Ils passent environ une minute à l’étuve avant d’être torsadés à la main. Les cravaches et les sticks de dressage ont remplacé les fouets de charretier. Un couloir vitré longe les ateliers et permet de suivre la fabrication.
Chiffres clés
- Premiers fabricants recensés
- 1823 à Sorède
- Tressage à la vapeur
- mis au point en 1849
- Objets finis
- à partir de 1896
- Dernière fabrique privée
- coopérative de 1971 à 1978
- Reprise par l’APAJH
- centre d’aide par le travail ouvert en 1981
- Croissance du micocoulier
- dix à quinze ans avant la coupe
À savoir
Le « chantier »
Les gens de Sorède appelaient « le chantier » la fabrique où entraient les garçons à la sortie de l’école, à douze ans, présentés par un parrain.
La machine Giret
La machine qui arrondit les brins porte le nom de son inventeur, l’un des principaux fabricants historiques du village.
Un bois patient
Les perches abattues sèchent douze à dix-huit mois avant d’être travaillées.
Cuivre et inox
Les étuves sont semblables à celles de 1849, mais l’acier inoxydable a remplacé le cuivre.
Un client de prestige
Dans les années 1990, l’atelier signe un contrat avec Hermès, devenu son principal client.
Quand en profiter
L’atelier se visite toute l’année en semaine ; il est fermé le week-end et lors de quelques coupures, notamment en été. La coupe des micocouliers a lieu en hiver, de novembre à février. Vérifiez les horaires par téléphone avant de venir.
Voir et acheter
La visite est gratuite et guidée par une personne de l’ESAT : le long d’un couloir vitré, on voit travailler le bois et le cuir, et un court film retrace l’histoire de l’industrie fouettière. Cravaches et fouets sont vendus à la boutique de Sorède et à celle d’Argelès-sur-Mer.
À ne pas manquer
- Les étuves à vapeur et le geste de torsade
- La machine Giret et le travail à la serpette
- L’atelier du cuir, où l’on monte boucles et dragonnes
- Le film consacré à l’histoire de l’industrie fouettière
- Les plaques de rue de Sorède ornées d’un fouet tressé
Où le trouver
Sources
- Ministère de la Culture : fiche d’inventaire du patrimoine culturel immatériel
- ESAT Les Micocouliers
- Tourisme Pyrénées-Orientales : Les Micocouliers, la fabrique des fouets
Texte rédigé par Éden Catalán à partir de ces sources. Une erreur ? Écrivez-nous.